Afficher On pense avec les pieds sur une carte plus grande

samedi 19 juillet 2014

Le Taillefer en boucle

Le Taillefer... j'en ai envie depuis un moment, mais je ne l'ai jamais fait passer en haut de la pile. Cette fois, j'y suis. 

Départ matinal
Départ à 6h ce matin de Combe Oursière (vers 1680m) avec l'intention de faire une jolie boucle. Il devrait faire beau. Mais un vent épouvantable souffle déjà. Raide montée au royaume des mouches et moustiques, déjà au taquet, avant un replat au pays des coqs. Dans les landes de rhodos et myrtilles, les lacets sont plus faciles, et, de temps à autre, une bestiole s'envole. Je suis incapable hélas de les immortaliser, et plus encore de les identifier, sachant que sont présents sur le site tétra-lyre, grand tétra, lagopède, perdrix bartavelle, selon un panneau à Combe Oursière... 

Lys martagon

Un randonneur plus matinal encore
Bon. Je double un randonneur. Le vent redouble. La montée vent de face, c'est terrible. Mais le lac du Brouffet fini par se dévoiler dans un joli cirque où j'avais initialement prévu de bivouaquer. On le laisse pour faire le tour du cirque par le haut. Un autre randonneur me précède! décidément... je le rejoins plus tard au Pas de la Mine (vers 2450m). Manifestement habitué, il se plaint qu'on ne voit rien, aujourd'hui... Pourtant, j'ai pu jouer à cache-cache avec une toute jeune hermine, elle aussi trop furtive, et puis deux chamois déjeunent en contrebas...

Orchis vanille - nigritelle

Il repart pour l'arête menant au Petit Taillefer. Je prends un petit déjeuner. Je m'inquiète un peu du parcours sur l'arête avec un vent si violent. Mais allons-y... L'arête est très jolie, aérienne mais jamais vraiment exposée, donc tout à fait rassurante et ludique. On peut chercher son itinéraire sur le fil, entre les blocs rocheux, et parfois passer plus en contrebas pour plus de sécurité... 

Croix Pinelli devant Belledonne
Une croix... Un certain Jean Pinelli, sergent de son état, qui a du périr ici... Belledonne en face commence à bien flamboyer. Le vent redouble encore. Les nuages s'accumulent sur le Trièves et le Vercors, et commencent à se rapprocher. Il ne devrait pas pleuvoir... Mais... 

Regard arrière sur l'arête, sur fond de Vercors. Le temps se gâte!

Je poursuis l'arête jusqu'au Petit Taillefer (2696m). Là, mon prédécesseur a tout simplement disparu. Étrange. On redescend un peu, avant d'attaquer un gros névé facile et rassurant. 

Regard sur la belle arête. Le Petit Taillefer

Montée à l'extrémité sud du Rocher Culasson
Avant de monter au Taillefer, je devine des cairns remontant les pentes du Rocher Culasson (2792m). C'est parti. La roche n'est pas très stable, le vent redouble encore, mais je parviens au sommet, où la vue est étonnante, mais les conditions sont dantesques. Il va pleuvoir. Vite! aller au Taillefer, et redescendre vers le plateau des lacs avant la pluie. 

En face, le Taillefer
Belledonne au Soleil

Beaucoup de rouge-fer
Je galope dans ces pierriers rouges : il y a du fer dans le coin, d'où le nom... Et j'arrive très vite au sommet où Saint Eloi (2857m), le patron des forgerons, évidemment, nous attend. M'attend! parce que ce sommet est très fréquenté, mais j'y suis seul. Ouf! Petit tour d'horizon : Belledonne, Grandes Rousses, Aiguilles d'Arves, Ecrins (la Barre est superbe!)... Le Vercors semble vivre l'apocalypse, et elle se rapproche. Un œil sur l'itinéraire de descente vers le plateau des lacs... 

Saint Eloi et les Écrins
Mais côté Vercors... 
Vue sur les Écrins
Plateau des lacs

C'est raide et pas très bien stabilisé, il y a quelques névés, et une barre rocheuse à désescalader (facile), puis une deuxième barre rocheuse, elle un peu plus difficile et débouchant sur un névé très raide et peu avenant... On peut éviter tout ça en se rapprochant de la paroi du Rocher Culasson. 

Lac Culasson

Là, je commence à trouver pas mal de monde. Je vais donc hors sentier, enfin sur un GR de marmotte, qui se cache dès que j'arrive. Et je vais parcourir un à un les nombreux lacs du plateau. La pluie ne semble plus d'actualité. Pique nique au bord du lac de l'agneau, après avoir traversé pieds nus le ruisseau : ça réveille! 

Lac
Torrent de l'Hystoire
Lac de l'Agneau, pique-nique. Vue sur la descente par la Combe Nord entre Taillefer à gauche, Culasson à droite

Puis, toujours hors sentier, direction le lac Canard, en passant par moult gouilles, et quelques barres à désescalader encore. Et je reviens vers le plus grand des lacs, le lac Fourchu, peuplé de part en part de randonneurs et randonneuses. 

Lac Canard

Au lac Canard... Tout ça à monter pour le Taillefer! faut être fou...

Descente rapide vers le lac du Poursollet, accessible en voiture, et le plus moche de tous les lacs vus aujourd'hui. Puis, le GR 50 me ramène à Combe Oursière. Je croise un randonneur en chemin qui a fait la boucle en sens inverse et que j'avais déjà croisé en descendant du Taillefer. 

Lac Claret

Un dernier lac, magnifique, le lac Claret m'héberge le temps d'attendre que le Tour de France laisse la route libre, dans la vallée. Et retour à la maison. Côté fleurs : quelques lys martagons, et quelques nigritelles, notamment...


Toutes les photos : 



dimanche 13 juillet 2014

Chercher son chemin vers Chamechaude

Myosotis bicolores
Cette nuit, toute la nuit, il est annoncé une bonne pluie. Pas tellement envie, dans ces conditions, de la passer sous la tente et je reporte une nouvelle fois le Pic du Mas de la Grave, qui peut se faire en une journée, mais je préfère passer 2 jours à travers le Plateau d'Emparis. Revirement... Du coup, je choisis un petit objectif pour aujourd'hui, et un plus conséquent pour demain où le temps devrait être meilleur. A condition de se motiver.

L'objectif au départ

Direction le Col de Porte (1326m) pour grimper à Chamechaude, point culminant avec 2082m de la Chartreuse. Il n'y fait pas chaud ce matin, mais son nom veut dire rocher chauve, ce qui est mérité. Au départ, je sais : 
- qu'il y a une "voie normale" facile
- qu'il y a des itinéraires d'accès beaucoup plus difficiles et intéressants, mais dont je n'ai pas bien étudié les parcours... Le Jardin... La Brèche Arnaud... Ou les deux... Liste d'itinéraires possibles... Le Pas du Lapin...

Ton sur ton

De plus, il a plu, c'est détrempé, et on ne va pas tenter le diable. Je prends le chemin vers la Cabane des Bachassons (1526m si je me souviens bien). Regard sur la carte. Regard vers le ciel. Ça titille d'aller voir l'itinéraire du Jardin. Mais, je me le répète, c'est détrempé, et j'entre dans une purée du pois, on n'y voit pas grand chose. Allez, ça servira de repérage.

Lys de Saint-Bruno, humides

Direction le Habert de Chamechaude (1570m), par un petit sentier en sous-bois agréable mais glissant dans ces conditions. Arrive une barrière à moutons. Peu après, en levant la tête, je trouve au milieu de la brume une arche. J'ai envie d'aller la voir, je remonte la pente herbeuse et tombe sur une sente... que j'emprunte et me mène droit au pied des falaises. Adieu le Habert...

L'Arche
Dessous
De l'autre côté, avec Raymond au fond qui se repose

Sangle des moutons
Je crois avoir lu Antoine Salvi décrire cet itinéraire (en vidéo), d'ailleurs signalé en pointillé sur la carte IGN. Bon, allez! Mais la brume épaisse s'épaissit toujours plus. Drôle d'ambiance sous la falaise, dans les grottes où les moutons s'abritent... 

Quelle ambiance!
Très festif!
Le parcours sur cette vire est assez facile, mais à condition de bien rester contre la falaise, parce que les moutons ont tracé une multitude de sentes en contrebas, qui débouchent souvent sur des obstacles qui rebuteraient beaucoup de bipèdes.

Bon. Demi-tour.
J'arrive à une sorte de brèche dans la falaise, au moment où le temps se dégrade plus encore. Je décide de faire demi-tour. En revenant, je remarque un cairn, non loin de l'arche de tout à l'heure, avec semble-t-il un itinéraire de montée possible (ça amène visiblement au "Pas de l'Arche" et à la "Rampe de l'écureuil"). Une petite escalade... mais une plus grande me rebute, ne sachant pas ce que je vais trouver derrière, je n'ai pas envie de m'amuser à désescalader ce passage un peu exposé. 

départ pour un autre itinéraire?
Bon, je préfère revenir...

J'ai l'impression qu'il y a une multitude de possibilités pour gagner ce sommet. Et toutes plus intéressantes les unes que les autres, au contraire de la voie normale, facile, et véritable autoroute!! Personne quand je monte, si ce n'est deux trailers que j'accompagne, mais alors à la descente!

Oh du ciel bleu...

Bon, retour à la cabane des Bachassons. Et montée par la voie normale, donc. Arrivée rapide à un rocher bien étrange nommé la Folatière (1743m). Ici, une sente semble partir derrière le rocher... J'hésite un peu. Allez de toute façon je reviendrai, dans de meilleures conditions météo. Hop! Hop! Hop! les lacets vers la crête. En montant, un chamois, des myosotis bicolores, et le Soleil perce!

Arrivée à la Folatière
Étrange rocher
C'est là-haut
Bientôt l'arrivée au sommet, penché


Arrivé sur la crête, la vue est totalement bouchée. Montée, quand même, au sommet, par le court et facile passage câblé. Je longe un peu la crête. Un cairn indique le départ d'un sangle "impossible". Plus loin, des chamois se reposent. Pour ne pas les déranger, j'arrête là mes recherches. Et je redescends, tranquillement. 

Chamois
Et ça, ça se remonterait pas, par hasard?

J'ai besoin, je crois, de trouver ma voie. 

dimanche 6 juillet 2014

La Déroute - bivouac aux Sept Laux

Départ câblé : se tenir pour ne pas tomber
La tête n'y est pas. Les pieds auront donc la rude tâche de me sauver, en ce week-end désolé. J'avais mis une option sur le Pic du Mas de la Grave. Je me résous, avec les pires difficultés, à me mettre en marche. Arrivé aux abords de Bourg-d'Oisans, les panneaux indicateurs indiquent, ça tombe bien, la fermeture du col du Lautaret, ça tombe mal, pour cause de "Marmotte cycliste"; et la marmotte elle... 

Chute(s)

D'une désolation l'autre. Que faire? Rentrer, tout penaud. Aucun plan B de prévu. Y a Belledonne pas trop loin, mais je suis allé déjà au Lac de Belledonne. Les Sept Laux? Pour sortir la tête de l'eau. Bon, allez... mais aucune carte du coin. Je sais juste que le départ est aux alentours du Rivier d'Allemont. Sur la route, je scrute les poteaux jaunes et finis par trouver le point de départ, au niveau de la Cascade des Sept Laux

Lumière et Ombre

Tout est machinal et je commence un pas l'autre... Ça va se monter au courage. Grimper ou sombrer. L'oppression psychologique se traduit par un point de côté... elle est bien bonne celle-là! Il faut dire que la montée est très raide. 


Je prends les événements du parcours comme autant de récompenses. Les cascades qui déversent et qu'on traverse sans cesse, les raides pentes magnifiquement fleuries et ces papillons qui volent virevoltent et butinent d'une fleur l'autre... Des lys orangés!... première fois que j'en croise. Petite émotion. Les Martagon encore en bouton, les St-Bruno eux bien fleuris. Des fraises des bois!... Je les lave, et l'une dévale dans la cascade. Éloignement irrémédiable et fatal. 


Je continue. Soleil tapageur et nuages attristants alternent. Et enfin, un replat, un premier petit lac, étonnamment éclairé. Juste au-dessus, le lac de la Sagne. L'ambiance y est très morose. Des pêcheurs ne pêchent plus. Passage sur les berges "dangereuses" dans un chaos rocheux. K.-O. 

Durch Leiden Freude

Puis, c'est le lac de la Corne. Et la montée au Col des Sept Laux, durant laquelle le ciel rend le paysage d'une immense tristesse. Durch Leiden Freude, comme dirait Ludwig van, j'ai marché. Un regard vers la bergerie esseulée. Et un autre vers une petite dépression qui m'accueillera bien pour le bivouac

Bivouac

Quelques rayons de Soleil reviennent, puis plus franchement. Les lacs offrent des jeux de lumière assez magnifiques. Je monte la tente pendant que le Soleil prend le dessus. Avant le repas, je monte au-dessus et au hasard Balthazar, dans l'état d'esprit de Balthazar portant la Douleur du Monde, et autour ce n'est que ravissements. La vue se dégage, fleurs, lacs, gouilles et méandres, icebergs... au loin, des chamois traversent pierriers et névés, redescendant de leur escapade pour la nuit.

Crépuscule d'une idole

Je redescends au bout du rouleau, jette un regard vers le Grand Pic de Belledonne, et vais me coucher. La solitude est à son comble. 

Moments magiques inoubliables

Réveil difficile le lendemain matin. Aux premiers rayons sur la tente, je sors, et c'est l'éblouissement.  Quels moments magiques on peut vivre!... Petit-déjeuner tranquille, nostalgie en repliant la tente, et descente lente, en croisant dans le mur le petit train des randonneurs du jour. Encore et toujours à contre-sens. Retour à la case départ. C'est fait. Il fallait le faire. Les souvenirs seront inoubliables. Sortir de route mais pas perdre les pédales.