Afficher On pense avec les pieds sur une carte plus grande

mardi 12 août 2014

L'Aiguille de la Grande Sassière

3747m

Un bien haut 3000, ce jour. Départ entre nuit et brouillard, seule la Lune, lendemain ou presque je crois que "super Lune", éclaire parfois les massifs. Dans ces conditions, je ne vois pas le départ de la sente qui monte assez directement au replat vers 3150m par l'arête. 

Grande Motte et Grande Casse, sous la Lune

En fin d'infâme pierrier, le replat 3150m, le sommet derrière et 2 randonneurs matinaux qui descendent
Pas grave, je contourne le massif, hors sentier, et déboule dans la grande combe que je remonte par la droite. Voilà de quoi faire une belle boucle, et rendre visite aux nombreux chamois qui bondissent de bon matin. Seule péripétie : la remontée d'un pierrier pas très stable au-dessus d'un névé pour atteindre enfin le replat. J'avance pas trop mal puisque les 1000m de dénivelé sont atteints en un peu plus d'une heure de marche et une bonne pause au replat. Pause finale pour la batterie de l'appareil photo. Oups.

Dôme de la Sache et Mont Pourri en éveil

Quelques barres dans les schistes. Un névé tardif à contourner par la gauche. Et on file vers la pyramide finale, et une sacrée pente. 

Le jour se lève sur la Vanoise
De la Grande Motte au Grand Bec

Pas mal de monde croisé à la descente. Un peu de fatigue, aussi. Alors sans trop traîner, retour à la case départ. En repensant aux jeux de brumes du matin...

Souvenirs du matin

Un panorama, avant l'extinction :

De la Grande Sassière à la Grande Casse

jeudi 7 août 2014

La Pointe de la Réchasse (ou presque)

La Pointe de la Réchasse (3212m)
Je suis le randonneur le plus moral du monde. Ah non! non! inutile de protester, d'en référer à qui de droit - c'est moi de droit. C'est moi qui décide, j'ai fait le classement, et j'ai terminé premier. Alors aujourd'hui, je me suis retiré de la Pointe de la Réchasse avec le même sentiment de succès que l'armée la plus morale du monde se retirant de la bande de Gaza. Vous aurez compris, c'est un échec. Un lamentable échec.

Il y a tout de même une différence entre l'armée la plus morale du monde et le randonneur le plus moral du monde, c'est que ce dernier a presque réussi, quand la première n'y arrivera jamais.

Aster des Alpes

D'abord, je ne m'en sentais pas capable, de l'atteindre cet objectif ; non pas qu'il soit très difficile, mais plutôt en regard de ma condition physique et morale. Mais enfin j'y vais, en décidant de la viser en deux jours, et au départ de Pralognan.

Départ des Fontanettes vers 14h30... des Fontanettes aval, car il y un monde fou, des voitures partout sur les bas-côtés le long de la route, il faut se garer bien bas. Les premières centaines de mètres sont très difficiles. Ventre barré, souffle court, chaleur, colonies de vacances qui chantent gueulent je-ne-sais-quoi. Je me sens de moins en moins capable d'aller au bout, mais je continue. 
Gentianes blanches!

Lys Martagon

Dans la forêt, les arbres sont plus serrés, les randonneurs plus clairsemés. Je ne pense plus à rien.. sauf, d'un seul coup... à ce que j'ai oublié dans la voiture : le fromage, le topo (c'est ballot, pour un cheminement hors sentier), et le piolet (et si le sommet est protégé par des névés?). Aïe. Impossible de faire demi-tour, je ne serais pas reparti. Alors tant pis, j'irai où je pourrai, et on verra bien. 

La Grande Casse

Je rejoins en montant aussi lentement que possible les pistes de ski et le téléphérique qui mène au Refuge des Barmettes, bondé. Le chemin vers le Lac des Vaches, que j'avais parcouru à l'époque seul dans la fraîcheur matinale, est une véritable queue-leu-leu, dans l'autre sens encore heureux. Infernal. Sous le dernier verrou, je double les seuls qui montent encore, deux adolescentes qui ont l'air de souffrir et leur grand-père. Quand elles arrivent enfin au Lac et posent le premier pied sur le gué, juste récompense de leurs efforts, le grand-père les appelle aussitôt : "allez vite! on rentre!" Elles le regardent, incrédules, et font malgré tout l'aller-retour sur le Lac. Non mais. Si le but c'est de marcher dans la chaleur, il pouvait leur faire faire 100 fois le tour de Pralognan en bas. Bref.

Lac des Vaches et flou reflet de la Grande Casse

Trop de monde pour que je m'attarde, je passe le Lac, et gravis le verrou qui nous amène au Col de la Vanoise. Là, très peu de monde. Ouf. Je parcours le vallon hors sentier, en contrebas de la Grande Casse, pour être sûr de ne rencontrer personne. Ça marche. Mais, je rencontre une marmotte, qui se faufile sur un rocher, et entend y faire une sieste. Elle regarde, comme moi, la Pointe de la Réchasse. Un seul de nous deux y parviendra! - (elle a du y arriver). 

Même Objectif!

Il n'est pas trop tard, je reprends quelques forces, et j'hésite. Bivouaquer ici, entre les lacs, ou entreprendre de contourner par le nord la Réchasse et dormir au plus près de l'ascension. Ça voudrait dire passer en versant est et donc être au froid toute la soirée, alors qu'ici, j'ai jusqu'à 20h au moins avec quelques rayons de soleil. Et puis, je connais un peu mes classiques et suis persuadé que bouquetins et/ou chamois viendront me rendre visite dans ce vallon, le soir venu, le matin venu. Je reste là.

Bivouac

Bingo! A peine la tente posée, une harde de chamois se pointe, court dans tous les sens, va boire, manger, pose. Génial! Dans le pierrier de la Grande Casse, des bruits de pierres qui tombent : certainement des bouquetins, mais je n'en déniche qu'un. Bon. Le froid tombe avant la nuit, direction le duvet. 

Toi tu vas te prendre un mur!
La Pointe de Pierre Brune en lumière du soir

Au réveil, je me dis qu'il fait un peu froid, quand même. Et en effet, la tente est gelée. Bon. Le duvet assure. Je sors la tête, un chamois me surveille depuis la ligne de crête ouest, un bouquetin me surveille depuis la ligne de crête est. Si j'étais parano, je penserais qu'ils ont préparé une embuscade dans la nuit. Mais tout se passe bien. Je laisse la tente et le duvet cachés derrière un rocher, et je marche d'un pas plus léger vers mon 3000 du jour.

Promeneur Solitaire
La Pointe de Pierre Brune en lumière matinale

Etagne et éterlous
Des bouquetins, partout. De grands mâles, une étagne et ses éterlous. Voilà qui égaye la traversée, qui a le mérite, en se retournant, d'offrir de belles vues sur la Grande Motte. Après 150m de descente, j'arrive là où le chemin s'arrête sur la carte. Une vague trace bleue de ski de rando... Je ne me souviens plus du topo, sauf que c'est un peu le bordel pour trouver son chemin. Pas de cairns en vue. J'y vais un peu hasard Balthazar, de toute façon c'est le mieux. La trace bleue remonte un vallon, je préfère prendre la ligne de crête au sud et contourner des barres rocheuses. 

La Grande Motte

Je déchante vite : pas de forces dès que la pente se redresse. Je n'y arriverai pas, il y a encore plus du 800m à grimper. Je me pose. Je décide d'abandonner. Soulagé, quasiment, je décide d'aller voir le ruisseau qui dévale le vallon sus-cité, avant de faire demi-tour. Et là, sans m'en rendre compte, j'avance mieux. Alors je continue. Je rate au passage la photo rêvée : un chamois et un bouquetin sur la même photo. J'escalade un petit rocher et surprends autant que suis surpris par 2 bouquetins et un chamois qui se trouvaient là, se télescopent quasiment, et s'enfuient. Pas le temps de réagir. Amusant de comparer les stratégies de fuite. Le chamois a pris le vallon, l'a remonté jambes à son cou,  et on ne l'a jamais revu, il court encore à l'heure qu'il est, d'après la légende. Les bouquetins, eux, ont rejoint les obstacles rocheux les plus proches, ont grimpé dessus, et m'ont regardé en me narguant. 

Grande Casse, Grande Motte, Grand Paradis
Zoom sur le Grand Paradis depuis mon Enfer rocheux

Je poursuis. Je cherche plus que ne trouve mon itinéraire. C'est-à-dire, j'avance, d'accord, je monte, c'est entendu, mais sans savoir si le chemin pris ne débouchera pas sur quelque obstacle insurmontable. C'est d'ailleurs ce qui finit par arriver alors que j'entrevois le sommet. Un immense névé raide, protégé à gauche et à droite par d'épouvantables éboulis que je n'arrive pas à remonter. Si proche! Si loin. De toute façon, j'avais décidé de renoncer, tout ceci est du bonus, et un prétexte pour revenir. 

Pointe de Pierre Brune

Repère de nivellement

Je redescends tranquillement, puis remonte les 150m jusqu'au bivouac, où je récupère mes affaires, pique-nique, et fais une petite sieste au soleil. Et enfin, c'est la descente, par le Lac des Assiettes pour éviter la foule du Lac des Vaches.

Lac des Assiettes, assiette vide

Le plus important n'était pas le sommet, c'était d'y aller. C'est fait. 

lundi 4 août 2014

Le Taillon en boucle par la vire d'Escuzana, le Pas des Isards et la Brèche de Roland

Au départ, l'objectif

Du lourd! Au-dessus c'est l'soleil! Certainement ma plus belle rando à ce jour.








La vidéo - toutes les photos avec Sigur Ros

Le topo - description de l'itinéraire

  • Carte : espagnole "Monte Perdido Gavarnie" 1:25000
  • Distance : environ 25km 
  • Dénivelé : environ 1800m 
  • Difficulté : plusieurs passages sont difficiles (cf. topo) et peuvent s'avérer insurmontables dans certaines conditions (météo, manque d'équipement, manque d'expérience montagnarde, de condition physique, vertige) ; certains tronçons décrits sont hors sentier ou sur des sentes très discrètes, nécessitant de savoir utiliser carte/boussole.
  • Equipement : selon les conditions et la saison, la quincaillerie non utilisée lors de notre sortie pourra s'avérer bien utile voire indispensable : piolet, crampons, casque, corde
  • Bivouac : il y a de nombreuses grottes sur le parcours, abris extrêmement utiles en cas de temps orageux. 
Ambiance matinale


Jour 1 - Col des Tentes => Aguas Tuertas par la vire Escuzana



Début de sente escarpé
Départ du Col des Tentes (2208m). Prendre la piste goudronnée qui poursuit la route et arriver rapidement et facilement au Port de Boucharo (2270m). Laisser le sentier qui part vers l'est en traversée vers le refuge des Sarradets, ce sera le chemin du retour. Laisser aussi le GRT30 qui descend sur l'autre versant, mais prendre sud-ouest une petite sente, pas bien marquée au départ du col, qui demande quelques petits pas d'escalade facile avant de devenir bien débonnaire en traversée sous les Pics de Gabieto. On atteint alors un vallon que l'on remonte pour gagner "Forqueta de Gabieto" (2515m), marqué par une petite brèche spectaculaire. Vue sur la vire d'Escuzana, impressionnante. 

Forqueta de Gabieto - vue sur la vire d'Escuzana

Fond de vallon - orange du grès, gris du calcaire
Ne pas tenter de descendre plein sud mais passer à gauche (cairns) de la brèche et traverser dans la pente rocheuse. Le passage demande de l'attention, et de poser les mains de temps à autres, mais reste facile. On remonte alors un vallon exceptionnel pour le partage des couleurs en grès orangé et calcaire gris. Du fond du vallon, l'itinéraire pour gagner la vire d'Escuzana est évident et bien visible. L'emprunter. La vire est impressionnante, mais toujours assez large, son parcours est facile et magnifique. La vire se termine par une petite escalade, facile également.

"Vallon des Isards"
De la sortie de la vire, repérer le col (Collado Mondarruego, 2729m) et le gagner à vue dans un pierrier bien stable. Quelques cairns mènent sur une sente. L'aller-retour au sommet du Mondarruego (2847m) vaut assurément le coup en cas de temps bien dégagé. Sinon, redescendre versant est. On suit d'abord une sente dans le pierrier qui se perd un peu en arrivant sur une zone de lapiaz. Parcourir avec prudence ce magnifique lapiaz et le contourner finalement par le sud pour gagner un superbe vallon où les isards semblent avoir établi leur camp. 

Plateaux successifs à remonter le lendemain
Chercher le meilleur itinéraire pour descendre facilement de ce vallon perché, et gagner ensuite, vers le sud, le plan marécageux Aguas Tuertas (2325m), bordé de falaises formant quelques grottes bien utiles pour un bivouac orageux... Après avoir posé la tente, un aller-retour vers le sud en surplomb du canyon d'Ordesa s'impose. La butte perchée (Tozal del Mallo, 2255m) donne envie de lui rendre visite, à l'ouest. Et vers l'est, les falaises laissent entrevoir la "vire des fleurs", exceptionnelle, mais plus étroite que la vire d'Escuzana : ne s'y engager qu'en étant sûr de son pied, car la chute est ici fatale. Revenir au bivouac.


Jour 2 - Aguas Tuertas => Col des Tentes par la Brèche de Roland

Llanos de Salarons

Regard arrière en remontant
Remonter les plateaux successifs qui nous amènent au nord au Collado de Salarons (2440m), marqué d'un immense cairn. La vue sur le Llanos de Salarons o de La Catuarta (un Espagnol dans le coin?) sous les Gabieto et le Taillon est saisissante. Prendre plein est, à travers les lapiaz puis remonter, en sortie du "Llanos" vers le Cuello de Catuarta (vers 2550m). Et redescendre ensuite légèrement vers la Plana de Narciso (vers 2405m) en n'hésitant pas à traîner sur la droite, pour profiter pleinement de la vue sur le canyon d'Ordesa. Après avoir traversé la Plana de Narciso, remonter dans les schistes au Cuello de los Carabineros (2500m). 

L'un des plans

Prendre alors au nord, dré-dans-l'pentu puis sur une sente en lacets qui contourne par l'ouest un pic sans nom, qui abrite la Grotte de Casteret, que l'on atteint par quelques pas d'escalade très facile, mais que l'on quitte plus difficilement au nord, le long de la paroi, par une désescalade plus ardue sur de la roche glissante et mouillée. Remonter ensuite, plein nord, en cherchant son itinéraire parmi les blocs rocheux et les névés que l'on traverse avec prudence : zone calcaire où les trous voire les gouffres sont nombreux. 

Grotte Casteret

La Brèche de Roland (2807m) est bien visible depuis un moment, mais protégée par de raides éboulis. On les contourne en se dirigeant contre la paroi, jusqu'au Pas des Isards, le bien nommé! Un chaîne en facilite, ou tout simplement en rend possible le passage pour les bipèdes. Ne surtout pas la lâcher! Puis, passer entre la paroi et un imposant névé, avant de sortir sur une sente plus large et rassurante jusqu'à la Brèche, où le vent souffle!

Brèche de Roland et le Taillon

Poser les sacs, et parcourir les 350m de dénivelé pour atteindre par un superbe parcours de crête le Taillon (3144m). Redescendre à la Brèche. La vue sur le Casque (3006m) est saisissante. Le Casque que l'on peut ajouter au parcours, une fois arrivé au Pas des Isards, on longe la falaise vers la droite plutôt que de remonter vers la Brèche de Roland (itinéraire non testé), et s'offrir deux "3000" sur la même journée.

Montée à la brèche

Descendre de la Brèche vers le Refuge des Sarradets (vers 2650m). Beaucoup de monde. Le risque d'envoyer ou de recevoir de la caillasse est important, faire attention. Le reste du Glacier de la Brèche se franchit facilement, très emprunté. La prudence est toutefois de mise sur les 50 premiers mètres, où une glissade sur cette raide pente amènerait sur des rochers qui font mal rien que d'y penser.

Pas des Isards

Du Refuge, prendre à l'ouest le sentier qui ramène au Port de Boucharo. il traverse quelques névés exposés, puis une cascade, équipée d'une chaîne par forcément utile selon le débit, qui demande de l'attention pour la franchir. Ensuite, il n'y a plus qu'à terminer la boucle par une longue traversée presque plate jusqu'au Port de Boucharo, puis à reprendre la piste menant au Col des Tentes.

Vue plongeante sur le Pas des Isards


La sortie - le 2 et 3 août 2014

Robespierre avait confié la célébration de l'Etre Suprême (quelle idée) à David qui, raconte-t-on, confondait la grandeur et le grandiose, rendant cette Fête quelque peu ridicule. Les Pyrénées, elles, ne les confondent pas, elle les rendent synonymes. Grand et grandiose

Un peu surfait la "Brèche de Roland"

Arrivée le vendredi soir à Gavarnie, sous l'orage de grêle qui a débuté à Lourdes. Hum! Office du Tourisme... avis météo pour le week-end... averses orageuses... sommets pris... coups de tonnerre et rafales... ça s'annonce mal! Le samedi matin, difficile d'être optimiste. Pourtant, après un petit-déjeuner chez l'épicier sympathique et néanmoins spécialiste international de l'utilisation de la chaux dans l'histoire (ça ne s'invente pas), un petit coin de ciel bleu apparaît. On tente? Direction le Col des Tentes

Après l'orage

Arrivés là-haut, le temps laisse entrevoir une journée meilleure que celle annoncée, en effet. Allez! En route! Et c'est le cas de le dire, puisqu'on débute sur du goudron... Bon. Quelques minutes plus tard, nous voici au Port de Boucharo, où on s'amuse un peu à chercher la sente, quelques pierres dévalent ici et là. Sous les Gabieto, on entend : "Isards!"... Les premiers... La montée est tranquille jusqu'à la brèche de "Forqueta de Gabieto" où la vue sur la suite du parcours - la vire d'Escuzana - nous impressionne. Ca parait impossible, de passer là-dedans dans ces falaises... En avant...

La "vire des fleurs" - ah ouais...

Le parcours de cette vire restera dans les mémoires, et la brume qui vient accentue le côté irréel... Pique nique au col au-dessus, dans la brume, on n'y voit rien! La descente dans le pierrier se fait bien, jusqu'à une zone de lapiaz, calcaire taillé sculpté par l'eau, ludique à parcourir et à descendre côté sud, où nous trouvons un vallon fort sympathique. "Isards!" Ils s'enfuient... Nous descendons le vallon, nous rendant progressivement compte que les isards sont très nombreux, et manifestement chez eux. Très peu craintifs, ils s'éloignent, un peu, mais vaquent à leurs occupations. Nous marchons parmi eux! Grand moment. 

Aguas Tuertas

L'endroit semble parfait pour le bivouac, mais nous voulons aller voir le canyon d'Ordesa... Nous restons donc sur notre idée de bivouaquer à Aguas Tuertas. Riche idée! A peine y arrivons-nous, que la pluie s'invite. Nous cherchons une grotte hospitalière et montons les tentes en quatrième vitesse, avant l'orage, premier du nom, que nous contemplons depuis notre abri. Le Taillon blanchit, recouvert de grêle. A la fin de l'orage, nous tentons une percée vers le canyon. Et hop! Orage II. Nous battons en retraite, comme Roland jadis, mais sans les Sarrasins pour nous assaillir. La pluie suffit. Bon. Plus tard, nous tenterons une seconde percée, plus réussie, en repérage pour le lendemain de la "vire des fleurs", qui rebute certains d'entre nous dans ces conditions climatiques. Elle fait rêver, mais il faut savoir renoncer. 

Réveil
Longue nuit, bien arrosée, et réveil un peu lent le dimanche. Nous reprenons la route à 9h seulement (ça nous coûtera le Casque). Remonter les plateaux successifs est un émerveillement, tout comme le parcours des plans et plaines en surplomb éloigné du Canyon d'Ordesa et sous l'arête du Taillon, où nous observons le petit train des randonneurs. Ce sont les premiers homo sapiens sapiens (au moins ça, voire sapiens sapiens sapiens) que nous voyons de notre parcours! D'un col l'autre, d'un plan l'autre, le temps passe, et nous sommes survolés par 6 vautours.

Nous irons pique-niquer à la grotte de Casteret, abri un peu frais au final, et lieu de résidence manifeste des chocards, qui viennent nous voler notre pain. La grotte est défendue par un raide névé infranchissable. Si l'accès sud est facile, la sortie nord promet des moments plus épiques. La roche est glissante, mouillée, les pas sont hauts : la désescalade est ardue, en tout cas pour moi qui n'aime pas ça! 

Ruisseau et linaigrettes

Parcours ensuite chaotique et lunaire jusqu'au Pas des Isards qui donne quelques sueurs froides. La chaîne tient bien! et heureusement... Mais je ne fais pas le malin et perds tout mon influx nerveux... A la Brèche, je souffle, presque aussi fort que le Vent de l'histoire. Il avait une sacrée épée, le Roland, pour tailler un tel bout de caillasse! 

Le Casque en montant au Taillon

Nous avions d'ores-et-déjà renoncé au Casque, vu l'heure. Pas question de laisser passer le Taillon. Sacs posés, et les jambes à son cou, sur l'arête, pour monter en 20 minutes au sommet. La vue se bouche, et se dégage, d'un instant l'autre. Le vent est violent, et un abri de quelques pierres superposées l'annihile totalement! Après quelques minutes, nous redescendons à la Brèche, puis, terminons la boucle en passant la cascade du Taillon. 

Bientôt au Taillon

Mémorable.