Chez les ornithos, il y a parfois des réactions étonnantes. Hier, j'ai encore entendu : "il n'y a rien". Et c'est vrai que je n'ai noté que 22 espèces différentes et pas loin de mille oiseaux devant les yeux. Rien, quoi... Bon. Ce matin, j'y repense un peu ironiquement quand il ne se passe "rien" jusqu'à midi. J'avais une vingtaine de bouquetins beaucoup plus occupés que d'habitude, il faut bien le dire.
Etagne
Il y a notamment un jeune mâle qui harcèle véritablement une femelle, à deux doigts de twitter #metoo. Et elle peut se servir de ses deux doigts car ces bestioles tiennent dans des falaises impossibles avec 3 pattes seulement. Voire, certains poussent la cabriole à se retourner en sautant (!) pour retomber non seulement sur leurs pattes mais sans déraper le moins du monde.
Le Weinstein des bouquetins
En observant ce rien, ainsi que le néant du ciel vide si ce n'est du voile nuageux qui gâche un peu la lumière, je scrute les falaises quand même. Et je découvre, je ne sais trop comment, un tichodrome. Très loin, sur fond de falaise aussi grise que lui, et il doit rester là 10 secondes à peine, mais je suis sûr. Je prends l'objectif malgré tout pour confirmation. Il était probable que le tichodrome vienne ici passer l'hiver. Mais il y a chercher une aiguille dans une botte de foin : c'est le niveau 1. Et il y a chercher un tichodrome dans l'immense falaise du Château : c'est le niveau 10. Aujourd'hui, j'ai eu cet oeil et cette chance. Je ne le revois pas de l'après-midi.
Oh! le tichodrome échelette
Volée de chocards à bec jaune
Après le repas, j'hésite quelque peu, pris par le froid. Mais le Soleil perce à nouveau, et aussitôt après un gypaète passe, accompagné d'une volée de 200 chocards à bec jaune très bruyants. Je décide donc de rester. Deux gypaètes volent finalement très haut. Mais l'un des deux reste sur le secteur et baisse d'altitude. Alors j'ai droit à une petite séance photo, où je teste de me débarrasser de la stabilisation, ce qui me semble un peu mieux mais je ne suis pas encore convaincu. Toujours est-il qu'il s'agit de l'immature principal habitué des lieux.
Le vent est glacial, et c'est intenable. Je ne reste donc pas longtemps, mais essaie de résister un petit peu quand même, le temps de chercher une rareté parmi les fuligules (un milouinan? le fuligule à bec cerclé repéré ces jours-ci?)...
Sarcelle d'hiver
Il y a bien une oie cendrée, mais elle reste sans crier. Des sarcelles toutes proches. Et au loin, l'ombre du butor étoilé... Mais qui disparait bien vite dans les roseaux. Du coup, au bout d'un moment, je craque et je me prépare à partir.
Oie cendrée agacée par la corneille noire
C'est ce moment précis que le butor étoilé a choisi pour revenir, il vole à travers l'étang, dans un sens puis dans l'autre, et disparaît à nouveau dans les roseaux. Juste le temps de le prendre en une petite série de photos, décevantes, mais peu importe.
Butor étoilé
Butor étoilé
J'attends encore un peu, et ce sont des mésanges à longue queue qui déboulent en razzia comme elles en ont l'habitude. Allez, au chaud.
J'arrive avec un gypaète à ma hauteur... je ne suis pas prêt. Il passe derrière la barre rocheuse, je monte la raide crête et je m'installe. Il reviendra, débouchant bien en-dessous de moi, et m'offrant donc le spectacle de prendre l'ascenseur thermique. Curieux, l'oiseau viendra même me survoler à une dizaine de mètres à peine. C'est bon, je suis installé.
Jeune gypaète
A portée de main
Duo
6 passages de gypaètes au total, 3 oiseaux différents. Et puis, 10 vautours fauve qui tournoient, d'abord avec deux aigles royaux, puis seuls, déboulant de nulle part et faisant décamper les bouquetins, avant de se poser illico au passage d'un hélico. J'observe des roitelets dans les pins et en relevant la tête ils ne sont plus là.
Vautours fauve
Quant aux aigles, 3 oiseaux également. Un premier semble avoir consciencieusement évité un gypaète. Deux aigles, peut-être les mêmes, après s'être incrustés dans la valse des vautours, cerclent avec un gypaète.
Aigle royal
Bref beaucoup de spectacle, et on peut ajouter ce crécerelle qui vient se percher, puis dégringole de quelques dizaines de mètres pour se poser non loin de moi, avant de repartir, il semblait chercher un endroit qui lui convienne dans la falaise. Et puis, deux éperviers, un mâle puis une femelle, dans la même direction à 3 minutes d'intervalle.
Yes my Lord! Yes my Lord! Yes my Lord! But I beg you pardon my Lord, but in my opinion, I am sure but alors I am tout à fait sure que c'est une Oie cendrée qui appelle à l'aide. Isolée esseulée en plein milieu de l'étang, elle appelle ses congénères. Jusqu'à 5 Oies cendrées ont été repérées ces jours-ci sur le sud du lac, et elle est restée seule là, au milieu de plus de mille fuligules de toutes espèces (morillon, milouin, milouinan).
Oie cendrée
Elle m'amène à penser à ce morceau de musique que j'aime beaucoup, de Hossein Alizadeh & Djivan Gasparyan. En tout cas, elle crie ! Au secours tous ces fuligules si ça se trouve ils sont même pas français!
The call of the bird
Une Oie cendrée, donc, mais beaucoup d'autres aujourd'hui. Première de l'année où je me sens capable de faire une journée complète. Alors du matin au soir. Le matin, c'est moyen. Moyen-duc! Bien cachés... mais fidèles au poste. La prochaine fois, je viens avec le taille-haie. Le soir, c'est grand. Grand-duc. Je l'attends avant la nuit pour une fois. Je ne le trouve pas. Je m'occupe avec le tichodrome. Mais, me voilà me décalant d'un pas, à un moment donné, et ce pas de côté rend accessible à mes yeux un autre arbre dans la falaise. Une grosse ombre dedans. Jumelles. Grand-duc! La lumière a quitté le sol, et fait rougir la falaise. Il était temps que je le repère. Toujours faire un pas de côté. Gébé le savait bien (L'an 01)
Le taille-haie la prochaine fois
Il reste une demi-heure de visibilité acceptable. Mais cet imbécile d'aristocrate volatile en profite pour faire sa toilette. Et rien d'autre. Et une fois seulement que la mesure de lumière indique que toute photo non floue est impossible, il s'envole, vient se poster en rebord de falaise au-dessus de moi, disparaît, puis ressurgit de nulle part pour partir en chasse.
Ah! le voilà! il est là!
Tête à 180°
A part ça, un Butor étoilé furtif, un joli Rouge-gorge, et beaucoup d'autres encore...
Il y avait un plongeon imbrin à observer ces jours-ci, mais je ne l'ai pas vu. Dommage. Tout de même, pas mal de monde autour du plan d'eau : un magnifique écureuil, un rouge-gorge qui semble maire d'une commune anarchiste avec son écharpe noire, et pas mal d'oiseaux divers et variés.
Rouge-gorge familier
Belledonne
Après quoi, je vais prospecter des falaises à tichodrome, mais le Soleil est déjà passé derrière, et qui plus est, je ne trouve pas d'autre point de vue sur les falaises que depuis l'horrible zone industrielle. Guère flamboyant. Je monte quand même au-dessus, où la vue au-delà de Grenoble est belle sur Chartreuse et Belledonne. Dans les bois, un troglodyte prend la pose jusque quelques secondes de moins qu'il n'en fallait pour que je l'immortalise. En revanche, deux pics épeiches s'en donnent à cœur-joie en tambourinages.
Une petite promenade hier matin dans les Entremonts, le long du Cozon, où les cincles plongeurs sont chez eux. Ils commencent à chanter. Comme le merle noir depuis quelques jours à la maison. On admire les chutes d'eau et notamment la belle cascade de la Chivolande. Il faut aussi scruter les prairies, les haies, mais rien ne sort...
La Chivolande
Aujourd'hui, encore une toute petite sortie en attendant mieux. Juste le temps d'aller repérer parmi un bon millier de fuligules une nouveauté pour moi : deux fuligules milouinans. Le temps, aussi, d'observer une buse variable et un autour des palombes en chasse et qui abandonnent en partant vers les bois.
"Entonnoir blanc" caractéristique des fuligules milouinans
Autour des palombes visant les fuligules
Buse variable
Et puis, parmi toutes sortes de petits passereaux, un grimpereau fait le funambule devant moi. Je pensais à un grimpereau des jardins, et à la photo, il semble avoir les flancs bien blancs, le bec relativement court, et surtout un sourcil blanc net large qui, d'après le guide ornitho, est la marque du grimpereau des bois du Nord de l'Europe. Bon...
Dernière publication : le 18 décembre. Ça commence à dater, un peu. Il faut dire que j'ai été très occupé depuis. Notamment à extirper un héros national de la parodie de justice d'une pseudo-démocratie, et à défendre un artiste maudit pris en grippe par le nouvel ordre moral. C'était donc pour la bonne cause. En cas de doute, prière de vous adresser à Léa Salamé, Frédéric Beigbeder et Alain Finkielkraut : elle et ils sauront vous rassurer sur les qualités des hommes de Lumière Ghosn et Matzneff. Bref, en attendant que la grandiose Démocratie de nos amis de l'auto-proclamée élite s'exprime de manière plus flagrante encore en détruisant à nouveau un pays oriental, je rassemble ici les quelques images de ce début d'année 2020. Peu de sorties, mais c'est toujours ça de pris.
Gypaète barbu, Emparis de son prénom
Bouquetin des Alpes, que nous appellerons Cornélius
Emparis, l'un des neuf gypaètes barbus identifiés sur le même secteur cet hiver, est un gypa qui va atteindre dans les prochaines semaines sa 2e année. Il est né, comme son nom l'indique d'ailleurs, dans la Romanche, où le trio qui s'y est installé a lancé cette année la saison des pontes le 2 janvier. Belle dynamique chez la population de gypaètes, et ça fait plaisir.
Concernant Cornélius, lui, je n'ai pas d'infos aussi précises, mais il a l'air en forme et avait bien l'attitude d'un maître du lieu en fin de période de rut.
Fuligule milouin
Sarcelle d'hiver verticale
Sarcelles d'hiver
Martine-pêcheuse
Tichodrome échelette
Grand-duc d'Europe
Pouvoir observer un Grand-duc en bonnes conditions de lumière reste un objectif, de même que trouver une hermine à "adopter" chez elle, et tant d'autres... comme ce gypaète blanc qui navigue entre l'Italie et la France, sans oublier la piste des grands carnivores que j'ai un peu délaissée mais qui s'est ramenée sur mon chemin d'elle-même sous la forme d'une trace de lynx dans la neige...